Phase 5  les gallons panoramas

EN COURS

Les objets échappent souvent à la vue, non pas tant parce qu'ils sont en dehors de notre champ de vision que parce que notre esprit n'est pas disposé à les voir [...]

 

Nous n'avons pas la notion de ce qu'il faut regarder de près ou de loin. C'est la raison pour laquelle la plus grande partie des phénomènes naturels demeure cachée à notre vue [...]1

 

Henry D. Thoreau

 

 

 

Aplanir un volume pour qu’il devienne surface. Un simple geste de déploiement est suffisant pour transformer le regard que l’on pose sur un objet du quotidien. Un objet qui jusqu’alors n’avait de valeur que celle attribuée à sa fonction utilitaire : contenir de la matière colorante.  

 

Il suffit de le voir une fois pour changer de perspective: des paysages picturaux insoupçonnés sont figés à l’intérieur de pots de peinture. Dès lors, toute la ville devient un terrain d’investigation. Nous sommes habités par ces rebuts qui ont du vécu - à moitié plein, bosselés, rouillés, odorants... nous les récoltons comme des fruits mûrs le long des trottoirs. Nous bifurquons leur trajectoire vers le dépotoir: nous charrions ces beautés tôlées, les entreposons, puis les dévoilons. Cette quête est sans fin, tout comme l’enthousiasme et l’émerveillement que suscitent ces précieux camaïeux.   

 

Un jeu de coloris infini.

 

Il demeure étonnant de voir comment l’embrasement de toutes les couleurs se mêle et contraste différemment avec le gris foncé du support. Ce gris ainsi que les trois formats standardisés sont les constantes de la collection. Après, l’éventail se déploie. Bien que la variété de la gamme chromatique récoltée soit notable au premier coup d’œil jeté, c’est le vécu de la matière qui attribue à chacun des spécimens son unicité : coulures, sédimentation, corrosion du support, agglutination, variation pigmentaire, décantation, écaillage, etc.

 

Devant l’objet plan - et encore moins face à son impression numérique - il n'est pas évident d’identifier ce que l’on regarde, ni même de le comparer. Ce fait ajoute à l’indéniable beauté de ces rebuts dépliés. Si, de loin, nous percevons des échantillons monochromes de peinture à mur, nous remarquons, de près, qu’en soi, chaque masse colorée se définit par l’horizontalité d’une ligne courbe jonchée par mille et un détails aux différentes teintes. La composition panoramique de l’impression picturale nous suggère alors un paysage... mais cette finesse dans les traits et la fluidité des formes organiques naturellement captées nous dépassent. Nous nous sentons enrichis par cette décomposition. Il devient évident que les gallons-panoramas sont différents des représentations que nous pourrions créer en tant que peintres paysagers. 

 

Par un contact sensoriel avec la matière, nous cherchons à rencontrer le monde extérieur et ces trésors enfouis. Avant d'être une idée, ouvrir des gallons de peinture est une expérience physique. C'est une petite découverte, toute simple, que nous ne pouvions pas imaginer. Puisqu'un paysage renferme juste la quantité de beauté visible que nous sommes prêts à apprécier, pas une once de plus (Thoreau 1862), ce qui compte, vraiment, c’est de prendre le temps de regarder juste pour voir.  

 

1 Thoreau. H. Teintes d'automne, p.58

Gallons déployés

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